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Un pilier de l’unité nationale

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Chaque année, les célébrations du 20-Mai, et en particulier les défilés militaires et civils,…

sont l’occasion d’exalter l’unité nationale et de souligner qu’elle constitue la question clé dont dépend l’avenir du pays. Paul Biya le sait, lui qui n’a cessé d’agir pour renforcer cette unité nationale, depuis son célèbre discours de Bafoussam en 1992 jusqu’à son plus récent message de fin d’année, le 31 décembre 2025.

Dans la vie d’un homme politique, il est des moments clés dont on ne mesure pleinement le sens et l’influence qu’après-coup. Pour le président Paul Biya, sa visite à Bafoussam (province de l’Ouest), le 12 septembre 1992, fut l’un de ces moments.

La venue du président Biya à Bafoussam, en 1992, fut un moment clé de son magistère

L’époque était particulièrement tendue. Le président Biya avait rétabli le multipartisme, interdit par son prédécesseur Ahmadou Ahidjo depuis 1966, suscitant de fortes tensions politiques aux relents ethniques. Certains prétendaient alors que la région de l’Ouest du Cameroun, fief des Bamilékés, était opposée au président Paul Biya, membre de l’ethnie boulou et originaire du Sud.

Certains prétendaient alors que la région de l’Ouest du Cameroun, fief des Bamilékés, était opposée au président Paul Biya…

LE DISCOURS DE BAFOUSSAM

Pour tuer les rumeurs, Biya s’était rendu sur place et avait pris la parole dans le cadre de la campagne présidentielle, la première à l’ère du multipartisme. « Votre accueil enthousiaste, votre présence massive, sont des signes qui confirment qu’entre nous le contrat de confiance scellé en 1982 [année de son accession à la magistrature suprême] demeure intact, avait-il déclaré. Vous m’avez soutenu depuis mon accession à la magistrature suprême, vous avez soutenu les projets du Renouveau, vous m’avez soutenu au travers des épreuves que notre pays a connues. Aujourd’hui encore, vous m’assurez votre soutien, et je vous en remercie. »

Lors de sa visite à Bafoussam, le 12 septembre 1992, Paul Biya prononça un discours devenu historique

Puis il avait directement dénoncé ceux de ses adversaires politiques qui jouaient la carte ethnique pour attiser les divisions : « Il n’y a pas si longtemps, certains ont voulu nous opposer sous des prétextes divers, ils ont essayé de semer la suspicion entre nous, de porter atteinte à notre confiance mutuelle. Souvenez-vous : sous prétexte de démocratie, on vous imposait des actions qui ont bien failli mener notre pays à la dérive, mais c’était sans compter avec la maturité, la sagesse, le sens des responsabilités qui caractérisent la population de l’Ouest. Vous n’êtes pas tombés dans le piège ! Vous avez su cerner la vérité ! Vous avez su dire “non” à ceux qui prétendaient œuvrer pour les intérêts de votre région et qui, en fait, agissaient pour des intérêts égoïstes. Pensez-vous encore sérieusement aujourd’hui que l’on puisse faire confiance à ces personnes-là ? Les faits vous ont donné raison. »
La foule, rieuse, avait approuvé ses propos dans un tonnerre d’applaudissements joyeux.

La foule avait accueilli ses propos dans un tonnerre d’applaudissements joyeux.

CÉLÉBRATIONS DES VERTUS DE L’OUEST

Le chef de l’État camerounais avait ensuite souligné et salué le sens de l’effort et la réussite des Bamilékés :
« La crise économique a considérablement réduit la capacité de l’État à mener, à lui seul, le développement du pays. En ces temps difficiles, nos populations doivent prendre davantage d’initiatives, et l’Ouest en donne le meilleur exemple ! Grâce à votre ardeur au travail, votre sens de l’épargne, votre esprit d’entreprise, la province de l’Ouest a accompli des progrès remarquables. Le Renouveau, pour sa part, a également beaucoup donné à la province de l’Ouest, qui compte aujourd’hui parmi les plus prospères du Cameroun… Peut-on, au vu de tout cela, mettre en doute, un seul instant, notre intérêt pour la région de l’Ouest ? Tant que j’aurai la charge de présider aux destinées de notre pays, l’État continuera, dans la mesure de ses moyens, à soutenir vos efforts, je vous le garantis !
Cependant, comme dans les autres provinces, je sais que beaucoup reste à faire.
»

Mais il avait insisté sur le fait que toutes les régions du pays disposaient de talents et méritaient que l’État soit présent pour stimuler les opportunités : « Dans toutes les provinces, dans chaque département, dans chaque arrondissement, des réalisations marquantes ont vu le jour. Les faits, rien que les faits, sont là pour le prouver, et vous pouvez le constater tous les jours par vous-mêmes. »

Toutes les régions du pays regorgent de talents et méritent que l’État soit présent pour favoriser les opportunités.

APPEL À L’UNITÉ NATIONALE PAR-DELÀ LES RÉGIONALISMES

Ceux qui écoutaient le président Biya ce jour-là ont compris que ce discours historique avait été minutieusement médité et préparé. Car les propos du président tournaient autour d’une question centrale, abordée de front : celle de l’unité nationale.
« L’avenir du Cameroun, c’est aussi cette unité nationale, que nous devons sans cesse consolider, avait affirmé le chef de l’État. Où que nous soyons, nous devons nous sentir camerounais, nous devons nous sentir chez nous, partout au Cameroun. En nous apportant la liberté d’expression, la liberté d’association, toutes les libertés individuelles et collectives, la démocratie ne doit pas exacerber le tribalisme ou le régionalisme. Le tribalisme et le régionalisme sont les pires ennemis des nations en construction.
Nous ne pouvons pas nier notre appartenance à une région, à un village, à un terroir. C’est une exigence sentimentale, un besoin d’identité. Mais notre objectif commun dépasse les limites de notre village ou de notre région d’origine.
»
Et de conclure : « L’intérêt du Cameroun doit passer avant celui d’une région. Un exemple : moi-même qui vous parle, je ne suis pas originaire de l’Ouest. Mais, librement, spontanément, vous approuvez ma candidature à la présidence de la République. »
Ce discours mémorable fut la première grande formulation publique de l’engagement du président camerounais contre le tribalisme. Depuis lors, il n’a cessé de revenir sur ce thème dans ses grandes allocutions, avec une constance déterminée. Il s’agit d’une conviction répétée à chaque moment de tension communautaire, articulée dans des registres différents — moral, juridique, politique — et traduite en décisions législatives concrètes.

« L’avenir du Cameroun, c’est aussi cette unité nationale, que nous devons sans cesse consolider. » — Paul Biya, 1992.

DURCISSEMENT DU DISCOURS PRÉCIPITÉ PAR LA CRISE ANGLOPHONE

La prestation de serment du 6 novembre 2018, après la présidentielle d’octobre, marque une nouvelle étape dans le durcissement du discours présidentiel sur ce sujet, dans le contexte de la crise anglophone et des tensions postélectorales. « Assez de ces discours de haine qui inondent l’espace public, et tout particulièrement les réseaux sociaux », déclare le président.
Cette phrase, directe et sans précaution rhétorique, vise explicitement la montée des discours communautaristes sur les plateformes numériques — phénomène qui avait accompagné la campagne électorale et dont Paul Biya prenait acte publiquement pour la première fois avec une telle franchise.

Le président Biya lors de sa prestation de serment, en 2018
SANCTION PÉNALE CONTRE LES DISCOURS DE HAINE ETHNIQUE

Plus fort encore : l’homme fort de Yaoundé ne se contente pas des discours ; il fait voter une loi afin de donner de la crédibilité à ses convictions. Ce texte est promulgué le 24 décembre 2019. En son article 241, cette loi dispose : « Est puni d’un emprisonnement d’un à deux ans et d’une amende de 300 000 à 1 000 000 de francs celui qui, par quelque moyen que ce soit, tient des discours de haine ou procède à des incitations à la violence contre des personnes en raison de leur appartenance tribale et/ou ethnique. »

L’homme fort de Yaoundé ne se contente pas de discours ; il fait adopter une loi afin de donner davantage de crédibilité à ses convictions.

C’est la première fois dans l’histoire camerounaise qu’une loi définit et sanctionne pénalement le tribalisme — geste législatif fort qui transforme une conviction présidentielle en norme juridique contraignante.

LE TRIBALISME, MENACE CONTRE L’UNITÉ NATIONALE

Plus récemment, en 2025, dans le contexte d’une campagne présidentielle marquée par une intensification des discours identitaires sur les réseaux sociaux, le chef de l’État camerounais a durci sa position publique.
Dans une déclaration, il a mis en garde contre les dérives identitaires, rappelant que « les démons du clanisme, du tribalisme et du régionalisme restent une menace permanente et grave pour la stabilité de nos institutions », réaffirmant sa volonté de combattre ces fléaux par la loi. Et, dans son message de fin d’année 2025, selon les analyses de la presse camerounaise, le président Paul Biya a, une fois de plus, dénoncé le repli identitaire et les discours de haine qui inondent l’espace public et fragilisent l’unité nationale.

Dans son dernier discours de fin d’année, le 31 décembre 2025, Paul Biya a continué de dénoncer les appels à la haine et le repli identitaire

En bientôt quarante-quatre ans de magistrature, Paul Biya a répété la même conviction avec des formulations toujours plus précises et des actes législatifs toujours plus contraignants : le tribalisme n’est pas une opinion parmi d’autres, c’est une menace pour la nation. Et la lutte contre lui n’est pas une affaire de sensibilité, c’est une affaire de loi.

Le tribalisme n’est pas une opinion parmi d’autres ; c’est une menace pour la nation.

UNE THÉMATIQUE CLAIRE POUR 2026

Cette histoire et ce contexte permettent de comprendre pourquoi les autorités de Yaoundé ont décidé de marquer, cette année, la 54e édition de la Fête de l’Unité nationale camerounaise du 20 mai en adoptant pour thème : « L’unité nationale, pilier de notre défense et socle du développement du Cameroun ».

Le thème retenu pour le défilé du 20-Mai 2026 met à nouveau en avant l’importance de l’unité nationale et la nécessité de la préserver

C’est d’une précision politique rare. Cette décision exprime, dans un même mouvement, trois réalités que la conjoncture nationale rend indissociables : d’abord, que l’unité nationale n’est pas un acquis définitivement stabilisé, mais un pilier qu’il faut sans cesse consolider ; ensuite, qu’elle possède une dimension sécuritaire qui dépasse la seule rhétorique patriotique pour toucher à la survie même de l’État ; enfin, qu’elle conditionne tout projet de développement durable.

UN CONTEXTE 2026 PARTICULIER

La célébration devait avoir lieu dans un contexte institutionnel particulier. En l’espace de deux mois — du 17 mars au 20 mai 2026 —, le Cameroun a connu le renouvellement des présidences des deux chambres du Parlement, le 17 mars, la révision constitutionnelle instaurant le poste de vice-président, le 4 avril, puis la visite apostolique historique du pape Léon XIV, du 15 au 18 avril. Ces événements, qui ont tous trois rassemblé le pays autour de moments solennels de réflexion et de communion, ont créé une dynamique de cohésion nationale dont le 20-Mai constitue le prolongement naturel.

Le Cameroun est l’un des pays les plus hétérogènes d’Afrique. Plus de deux cents groupes ethniques répartis sur un territoire de 475 440 kilomètres carrés, deux langues officielles à égale valeur constitutionnelle, plusieurs systèmes juridiques, des écologies aussi diverses que la forêt équatoriale du Sud et les savanes arides de l’Extrême-Nord, des traditions religieuses allant de l’animisme ancestral aux islams sahéliens, en passant par les catholicismes et les protestantismes hérités des missions coloniales — et, depuis 1961, la coexistence d’une culture politique anglophone et d’une culture politique francophone dont les rapports au droit, à l’administration et à la démocratie ne se superposent pas toujours.

L’AFRIQUE EN MINIATURE

Le 20-Mai est le moment annuel où cette diversité se met en scène dans le cadre de l’unité nationale — à la fois célébration de ce qui unit et rappel de tout ce qui pourrait diviser.
La diversité est donc la matière première de l’identité camerounaise. La formule « Afrique en miniature » n’est pas qu’une métaphore touristique. C’est un diagnostic géographique, humain et culturel d’une réelle précision : le Cameroun contient en lui-même presque tous les types de paysages, de cultures, de religions et d’organisations sociales que l’on trouve répartis sur l’ensemble du continent africain.

Surnommé « l’Afrique en miniature », le Cameroun recouvre une forte diversité ethnique et linguistique.

Avec plus de deux cents groupes ethniques, le Cameroun est l’un des pays les plus hétérogènes d’Afrique.

DIVERSITÉ ET RICHESSES RÉGIONALES

La région de l’Extrême-Nord, qui borde le lac Tchad, est une zone semi-aride peuplée de communautés arabes choa, de Kotoko, de Mandara, de Massa et de Foulbé, dont les modes de vie, les pratiques islamiques et les structures d’autorité traditionnelle n’ont aucun équivalent dans les régions du Centre ou du Littoral.

Le Nord et l’Adamaoua sont des espaces sahélo-soudaniens dominés par les lamidats peuls, véritables royaumes dans l’État, dont le lamidat de Rey-Bouba — le titulaire, Aboubakary Abdoulaye, est devenu en mars 2026 le nouveau président du Sénat — illustre parfaitement la superposition possible de la légitimité traditionnelle et de la légitimité républicaine.

L’Ouest est le pays bamiléké, l’une des sociétés les plus commerçantes et les plus mobiles d’Afrique centrale, structurée autour de chefferies et de rois puissants, ainsi que d’un tissu associatif tontinier qui a essaimé dans toutes les villes du monde où les Camerounais ont émigré.

Le Littoral, c’est Douala, mégalopole de quatre millions d’habitants, creuset d’une urbanisation accélérée où se mêlent Bassa, Bakweri, Bamiléké, Haoussa, Nigérians et une diaspora internationale qui en fait l’économie la plus ouverte du pays.

L’Est est celui de la forêt dense, des peuples Gbaya, Maka et des communautés Baka — pygmées forestiers dont les droits et les modes de vie constituent un défi permanent pour les politiques de développement et de protection des minorités.

Le Centre et le Sud sont le berceau des peuples beti — Ewondo, Boulou, Beti, Fang — dont est issu Paul Biya.

Le Centre et le Sud constituent le berceau des peuples beti — Ewondo, Boulou, Beti et Fang — dont est issu Paul Biya.

CARTOGRAPHIE HUMAINE ET POLITIQUE

Cette cartographie humaine n’est pas un décor exotique : c’est la matière première de la politique nationale camerounaise. Chaque gouvernement, chaque composition des institutions parlementaires, chaque nomination dans la haute administration doit prendre en compte cette mosaïque et en respecter l’arithmétique implicite.
Le 20-Mai est, de ce point de vue, la seule occasion de l’année où toutes ces diversités se donnent à voir simultanément, côte à côte, dans le même espace symbolique du défilé.

LA QUESTION ETHNIQUE, TEL UN GRAND NON-DIT

Car la question de l’ethnie est le grand non-dit structurant de la politique camerounaise. Elle est présente dans chaque nomination gouvernementale, dans chaque résultat électoral analysé par région, dans chaque défilé du 20-Mai dont la composition est lue à l’aune de la représentation de chaque aire géoculturelle.
Et pourtant, elle est rarement nommée explicitement dans les discours officiels, qui lui préfèrent les euphémismes de la « diversité » et de la « mosaïque culturelle ». Cette pudeur lexicale n’est pas une hypocrisie : elle traduit la conviction que nommer l’ethnie, c’est la renforcer, et que la politique nationale doit transcender les identités particulières sans les nier.

Nommer l’ethnie, c’est souvent la renforcer ; la politique nationale camerounaise doit transcender les identités particulières sans les nier.

LES INSTITUTIONS, CREUSET DE L’UNITÉ NATIONALE

Le Cameroun a développé, au fil des décennies, plusieurs instruments institutionnels de transcendance ethnique. Le premier est l’école publique, qui accueille, depuis les premières années de l’indépendance, des enfants de toutes les origines dans des établissements communs, avec des programmes uniformes et un enseignement en français ou en anglais qui oblige chaque enfant à se penser d’abord comme Camerounais avant d’être Bamiléké, Bassa ou Foulbé.

L’école publique au Cameroun est un creuset de la nation

Le deuxième est l’armée nationale, dont les unités sont délibérément composées selon un mélange ethno-régional — un Nordiste dans la même section qu’un Beti, un Anglophone dans la même compagnie qu’un Francophone — afin de créer des loyautés transversales qui court-circuitent les solidarités tribales.

Le troisième est l’administration, dont les postes de responsabilité sont répartis selon des équilibres régionaux garantissant la représentation de toutes les grandes aires géoculturelles dans les lieux de décision.

Dans l’administration, les postes de responsabilité sont répartis selon des équilibres régionaux.

ESPACES CULTURELS COMMUNS

Mais ces instruments institutionnels ne suffisent pas à eux seuls. La transcendance de l’ethnie requiert aussi des pratiques culturelles partagées — une musique nationale, des héros communs, des récits historiques qui rassemblent, des espaces de rencontre et de métissage.
Le 20-Mai est l’un de ces espaces. Quand les danses des citoyens de l’Ouest succèdent aux chants de ceux du Sud dans la même parade, quand les tenues des lamibé peuls côtoient les pagnes traditionnels de l’Est et les robes kaba des femmes du Littoral, quand les chorales anglophones et francophones chantent ensemble l’hymne national — « Ô Cameroun, berceau de nos ancêtres » —, quelque chose se produit qui dépasse le protocole : une reconnaissance mutuelle, une coprésence dans le même espace symbolique, une affirmation implicite que l’on appartient au même monde.

Le défilé civil du 20-Mai est aussi l’occasion pour les régions du Cameroun de mettre en valeur leurs identités culturelles
MISE EN SCÈNE DE L’UNITÉ DANS LA DIVERSITÉ

Il n’est donc pas étonnant que la célébration de la fête nationale soit la mise en scène de l’unité dans la diversité. Le défilé civil réunit des représentants des dix régions du pays — fonctionnaires, enseignants, étudiants, associations, groupements professionnels, délégations des chefferies traditionnelles — dans une succession qui exprime visuellement l’unité dans la diversité. Les tenues vestimentaires régionales, les danses traditionnelles, les instruments de musique propres à chaque aire culturelle, les pagnes aux couleurs des différentes provinces : tout cela compose un tableau vivant de la diversité camerounaise qui constitue, à sa manière, une réponse à ceux qui nient cette diversité ou la perçoivent comme une menace.
La présence de délégations anglophones dans le défilé est, en 2026, chargée d’une signification particulière : elle affirme que les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest participent à la fête nationale, que la crise n’a pas consommé la rupture totale, et que des ponts demeurent.

DIMENSION GÉNÉRATIONNELLE DE L’ÉVÉNEMENT

Il y a aussi la dimension générationnelle de l’événement : les délégations d’élèves des établissements scolaires — primaires, secondaires, professionnels — constituent la partie la plus nombreuse et la plus colorée du défilé civil. Leur présence exalte l’unité nationale, qui est un apprentissage commençant à l’école, ce lieu où les enfants de toutes les régions et de toutes les communautés reçoivent une formation commune incluant, dans ses rituels les plus visibles, la participation à la célébration du vivre-ensemble.

La relation entre unité nationale et développement est d’ailleurs à la fois intuitive et empirique : un pays uni mobilise plus efficacement ses ressources dans la quête de prospérité et de progrès qu’un pays divisé. Les investissements en infrastructures, les politiques d’éducation et de santé, les programmes agricoles et industriels requièrent une stabilité politique minimale et une confiance institutionnelle que les conflits armés détruisent méthodiquement.

La relation entre unité nationale et développement est à la fois intuitive et démontrée par les faits.

DIMENSION SOCIALE ET INDUSTRIELLE

Au Cameroun, le Plan directeur d’industrialisation 2022-2035, la Stratégie nationale de développement 2020-2030 et les grands projets d’infrastructures — barrage de Lom Pangar, autoroute Yaoundé-Douala, port en eau profonde de Kribi — ne peuvent produire pleinement leurs effets que dans un pays dont les institutions fonctionnent et dont les régions coopèrent.

Les Camerounais ont largement choisi de répondre positivement à l’appel solennel du président Paul Biya en faveur de toujours plus d’unité. Le creuset qu’est le 20-Mai rassemble les différences camerounaises. Il ne supprime pas les tensions : il les enveloppe dans un cadre commun qui les rend provisoirement compatibles. Il ne résout pas la question anglophone, ne réconcilie pas d’un coup de baguette magique les communautés que la violence a séparées, ne garantit pas que le développement atteindra les villages les plus reculés de l’Extrême-Nord ou de l’Est.
Mais il affirme, chaque année, que le projet d’être ensemble est plus fort que les raisons de se séparer — et que cette affirmation mérite d’être sans cesse renouvelée, dans l’optimisme.

Les grands projets, tels le port en eau profonde de Kribi ou le barrage de Lom Pangar, sont à la fois des instruments de développement et des outils de l’unité nationale

Les Camerounais ont choisi de répondre favorablement à l’appel solennel du président Paul Biya en faveur d’une unité toujours plus forte.

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