Société

Le 20-Mai comme acte diplomatique

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Les dignitaires et émissaires étrangers sont nombreux…

à venir assister aux célébrations de la fête nationale du Cameroun. Celles-ci constituent un message adressé au monde entier sur l’état politique, économique et militaire du pays. Dans un contexte géopolitique marqué par l’instabilité et l’incertitude, le Cameroun se distingue par la solidité de ses institutions.

Certains membres du comité interministériel chargé de la préparation de la fête de l’Unité nationale camerounaise du 20-Mai étaient agacés par les requêtes insistantes du ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, qui réclamait toujours davantage de places à la tribune présidentielle pour les diplomates des chancelleries présentes à Yaoundé. Les échanges entre les responsables de la présidence de la République et ceux du ministère étaient parfois vifs. Mais, à force d’explications, le ton a baissé et les uns et les autres ont fini par s’entendre sur l’idée selon laquelle la fête nationale est aussi un acte diplomatique.

Toute fête nationale est un message adressé à l’extérieur autant qu’un rituel destiné à l’intérieur. La 54e Fête de l’Unité nationale, célébrée en 2026 dans un contexte géopolitique mondial tendu, n’est pas seulement une fête pour les Camerounais : c’est une déclaration adressée au reste du monde. Elle dit à ceux qui l’observent depuis l’extérieur que ce pays fonctionne, que ses citoyens sont fiers de leur nation et capables de défiler, de chanter l’hymne national et de hisser le drapeau. Et, contrairement à plusieurs de ses voisins, il le fait sans rupture institutionnelle depuis cinquante-quatre ans.

UN MESSAGE AUX MULTIPLES SIGNIFICATIONS

Ce message a plusieurs niveaux de signification. Il y a le message explicite : la stabilité comme valeur première, l’unité nationale comme condition du développement, la paix comme contribution à la sécurité régionale, continentale et mondiale. Il y a le message implicite : un pays qui défile militairement avec discipline dit à ses adversaires potentiels qu’il est capable de se défendre ; un pays qui accueille des délégations diplomatiques étrangères dans ses tribunes officielles dit qu’il reste ouvert et respecté ; un pays qui célèbre sa fête nationale après une visite apostolique pontificale dit qu’il est une destination que les plus hautes autorités morales du monde jugent digne de leur présence.

Et il y a le message subliminal : dans une sous-région du continent où les drapeaux des juntes militaires ont récemment remplacé les drapeaux des constitutions légitimes, comme c’est le cas au Burkina Faso, au Mali, au Niger et en Guinée, le drapeau tricolore camerounais hissé sur le Boulevard du 20 Mai dit, sans aucun discours, que la République tient. Il importe de décrypter ces messages, les positionnements géopolitiques qu’ils reflètent et la doctrine diplomatique que Paul Biya a construite en quarante-trois ans de présidence pour placer le Cameroun dans le concert des nations.

LES TROIS PILIERS DE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DU CAMEROUN

La politique étrangère du Cameroun sous Paul Biya est construite sur trois idées-forces documentées par les textes officiels de la présidence de la République : l’indépendance nationale, le non-alignement et la coopération internationale.
Ces trois principes s’articulent autour d’une méthode que le site officiel de la présidence résume en un triptyque méthodique : présence, participation et rayonnement. Cette formule, sobre dans ses termes mais ambitieuse dans ses implications, dit l’essentiel d’une vision diplomatique qui a toujours cherché à maximiser la marge de manœuvre du Cameroun face aux pressions des grandes puissances.

LE CHOIX DU NON-ALIGNEMENT

Le non-alignement camerounais n’est pas une posture nostalgique héritée de la guerre froide : c’est une stratégie opérationnelle qui permet au Cameroun d’entretenir simultanément des relations militaires avec la France, les États-Unis et Israël ; des relations économiques croissantes avec la Chine, premier partenaire commercial depuis 2021 ; des relations institutionnelles avec le Commonwealth au titre de sa composante anglophone et avec la Francophonie au titre de sa composante francophone ; et des relations avec l’Organisation de la coopération islamique au titre de ses populations musulmanes du Grand-Nord. Aucun de ces partenariats n’est exclusif.
Le Cameroun est l’un des rares pays de la planète à faire partie en même temps de la Francophonie, du Commonwealth et de l’Organisation de la coopération islamique. Cette triple appartenance est une ressource diplomatique que peu de pays africains peuvent revendiquer et dont le 20-Mai — qui met en scène la diversité religieuse et linguistique du pays — est l’illustration vivante.

DES CONSULATS ET CHANCELLERIES DANS LE MONDE ENTIER

Les documents gouvernementaux le disent clairement : « Depuis 1982, sous l’impulsion et l’orientation du président de la République, Paul Biya, le Cameroun a élargi le cercle de ses partenaires à travers le monde par l’établissement de nouvelles relations diplomatiques et le renforcement de sa présence grâce à la création ou à la réouverture de plusieurs missions consulaires. »
Le Cameroun compte aujourd’hui 37 consulats — 25 consulats honoraires, 6 consulats d’État et 6 consulats généraux — répartis sur les cinq continents, auxquels s’ajoutent ses ambassades dans toutes les capitales ayant une relation diplomatique formalisée avec Yaoundé. Ce réseau, progressivement constitué depuis 1982, témoigne de la capacité d’un État à projeter son influence dans le monde et à capter les informations, les ressources et les opportunités qu’une telle implantation permet d’obtenir.

CONTINUITÉ DES INSTITUTIONS DEPUIS 1984

Le premier message que le Cameroun adresse à la communauté internationale à travers les célébrations du 20 mai 2026 est un message sécuritaire. Dans un contexte africain marqué par la multiplication des coups d’État — Burkina Faso (janvier 2022 et septembre 2022), Mali (août 2020 et mai 2021), Guinée (septembre 2021), Niger (juillet 2023), Gabon (août 2023) —, le Cameroun est l’un des rares États d’Afrique centrale et occidentale à n’avoir pas connu de tentative flagrante de rupture constitutionnelle depuis 1984, date du dernier coup d’État avorté.
Cette stabilité est, dans le contexte actuel, un avantage compétitif diplomatique considérable. Les grandes entreprises multinationales qui recherchent des bases africaines pour leurs opérations régionales — secteur pétrolier, télécommunications, agro-industrie, logistique portuaire — valorisent la prévisibilité institutionnelle qu’offre le Cameroun. Le port en eau profonde de Kribi, inauguré en 2018, est en train de devenir l’un des principaux hubs logistiques de l’Afrique centrale précisément parce que la stabilité camerounaise rassure les investisseurs.

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