La relation entre les États-Unis et le Cameroun est principalement axée sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme…
La relation entre les États-Unis et le Cameroun est principalement axée sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Washington est impliqué dans la lutte contre Boko Haram, contre les cellules djihadistes du Sahel, ainsi que contre les réseaux terroristes mis en place par la diaspora pour soutenir les foyers sécessionnistes dans les régions anglophones du Cameroun. Un certain nombre d’arrestations récentes aux États-Unis illustrent l’efficacité de cette lutte depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.
Le 17 novembre, Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a appelé le président Paul Biya pour le féliciter de sa victoire présidentielle et de son investiture pour un nouveau mandat. Les deux hommes ont évoqué les liens unissant le Cameroun et les États-Unis et ont exprimé le souhait de resserrer et d’approfondir ces relations afin de faire avancer leurs objectifs communs, notamment le renforcement de la sécurité, l’instauration d’une paix régionale et une plus grande prospérité pour les deux nations. Le secrétaire d’État a félicité le Cameroun pour son rôle de partenaire dans la lutte contre le terrorisme.
Cette conversation illustre la qualité des liens entre les deux pays et leur longue coopération en matière de sécurité dans la sous-région de l’Afrique centrale, ainsi que face aux irrédentistes violents qui ont tenté de faire éclater l’unité nationale — en vain, il faut le rappeler. Cette tentative de déstabilisation a des racines profondes dans l’histoire récente du Cameroun.
LA FUITE DES TERRORISTES
Il était dix-neuf heures, ce 28 juin 1998, lorsque Lucas Cho Ayaba (25 ans) et Benedict Nwana Kuah (24 ans), deux militants radicaux, auteurs d’actes criminels et recherchés par la police camerounaise, prirent un taxi pour se rendre au port de Douala. Nerveux et silencieux, ils demandèrent au chauffeur de les déposer aux abords du port. Le trajet dura près d’une demi-heure, temps pendant lequel ils repensèrent aux détails de ce qui allait être l’une des évasions les plus audacieuses de leurs existences de jeunes hors-la-loi traqués par les services de sécurité camerounais.
Cinq ans plus tôt, ces deux-là avaient été expulsés de l’université de Buea, où ils avaient profité d’une grève des étudiants contre l’augmentation des frais de scolarité pour lancer un mouvement violent se proclamant séparatiste. Sous prétexte de militer pour l’indépendance des régions anglophones du Cameroun (Sud-Ouest et Nord-Ouest, dont ils voulaient faire une république « d’Ambazonie »), les deux hommes avaient été les promoteurs d’une campagne de violence et de terreur contre les populations civiles de cette zone. Arrêtés et emprisonnés, ils avaient pu s’échapper et se cacher dans un quartier populaire de Douala, d’où ils tentaient de quitter le pays.
Sortis du taxi, en cette nuit noire de juin 1998, ils longèrent la clôture qui entourait le port, cherchant l’endroit idéal pour franchir cette barrière séparant le port du reste de la capitale économique du pays. Deux jours plus tôt, ils avaient discrètement visité le port pour en étudier l’architecture, observer son fonctionnement et l’habillement des marins descendant des bateaux. Ils avaient même pu constater la routine des milliers de personnes qui y travaillaient.
Ayant escaladé la clôture, ils se tapirent derrière le quai et attendirent dans la pénombre. À vingt-trois heures, déguisés en dockers, ils montèrent à bord d’un grand bateau déjà chargé de milliers de grumes à destination de l’Europe.
Là, ils se cachèrent parmi les billes de bois et survécurent le temps de la longue traversée vers le continent européen. Lucas Cho Ayaba réussit à rejoindre l’Allemagne avant de partir pour la Norvège. Benedict Nwana Kuah choisit, lui, l’Amérique.
Pendant les années qui suivirent, ils poursuivirent leurs campagnes de mort, finançant des actes terroristes au Cameroun et se croyant à l’abri des poursuites, protégés par leurs nouveaux passeports de citoyens occidentaux. Ils connaissaient mal le président Paul Biya, sa pugnacité, sa patience, son flegme et son efficacité…
