Modèle de longévité au pouvoir, le président Paul Biya est aussi connu pour son style de gouvernance unique en Afrique :
à la fois détaché, exigeant et rigoureux.
Cette approche a été rendue possible par des institutions républicaines solides, structurées autour d’un régime présidentiel fort et d’une gestion de plus en plus décentralisée des affaires quotidiennes.
Il y a une bonne dizaine d’années, alors qu’il devait prendre la parole à la tribune de l’Organisation des Nations unies (ONU), à New York, le chef de l’État camerounais avait observé des tensions feutrées au sein de l’équipe qui l’accompagnait.
Tous affichaient une politesse exquise entre eux, mais rien n’échappe au président Paul Biya.
Malgré l’élégance des paroles échangées lors des réunions préparatoires et de brainstorming, il avait remarqué que certaines personnes n’avaient pas reçu toutes les notes de stratégie préparées, sur ses instructions, par la présidence de la République à Yaoundé.
D’ailleurs, l’ambassadeur auprès de l’ONU, qui devait être le pilier et le métronome de ces réunions, en était parfois tenu à l’écart — comme si on l’avait délibérément oublié…
Le chef de l’État camerounais en avait rapidement compris la raison : certains, dans son entourage, ne souhaitaient pas voir le diplomate de New York se distinguer trop positivement devant lui.
PAUL BIYA, UN STYLE DE GOUVERNANCE UNIQUE EN AFRIQUE
Au lieu de s’offusquer de ces rivalités puériles, Paul Biya avait plutôt opté pour une méthode pédagogique : ne voulant pas interférer avec le protocole d’État, mais désireux de faire comprendre à ses proches la gravité de leurs erreurs de jugement, il s’était contenté de leur poser des questions sur l’agenda officiel de la session de l’ONU à laquelle il était venu participer, sur les positions des principaux pays membres du Conseil de sécurité, etc.
Naturellement, aucun des membres de sa délégation ne pouvait y répondre.
Devant le lourd silence qui s’abattait sur ces ministres en grands costumes-cravates, chacun comprit qu’il fallait aller rapidement chercher l’ambassadeur que l’on voulait exclure de la réunion.
Martin Belinga Eboutou, ancien ambassadeur et ancien directeur du cabinet civil de la présidence de la République (décédé en 2019), avait compris ce jour-là l’art de gouverner sans faire de bruit du chef de l’État camerounais…
Au-delà des nombreuses anecdotes du même ordre, révélatrices d’un style managérial unique dans le paysage politique africain, Paul Biya a institué au Cameroun un cadre de gouvernance fondé sur des éléments constitutionnels, sur les équilibres de pouvoirs, sur la déconcentration, la décentralisation et la délégation des responsabilités.
À ses yeux, il n’est pas besoin de hurler ou d’humilier qui que ce soit pour mettre en œuvre les politiques publiques et atteindre ses objectifs.
LA GESTION DE L’ÉTAT SELON PAUL BIYA
La philosophie et la pratique de la gestion de l’État selon Paul Biya ont été codifiées dans une instruction générale publiée par la présidence de la République en octobre 2002, portant organisation du travail gouvernemental.
À la suite du double scrutin législatif et municipal du 30 juin de la même année — scrutin qui avait illustré la solidité des institutions du pays et marqué une étape importante dans l’avancement du processus démocratique —, le gouvernement fut réorganisé de fond en comble afin d’en améliorer le fonctionnement.
Cette instruction, toujours en vigueur, rappelle notamment les principes constitutionnels essentiels sur lesquels repose le fonctionnement de l’Exécutif : les obligations légales en matière de gestion des biens et des deniers publics, la concertation et la collaboration gouvernementales, l’accueil des usagers du service public, ainsi que la politique de communication à l’heure de la mondialisation.
Toute l’activité gouvernementale doit s’inscrire dans le cadre des lois et règlements en vigueur, et dans le respect des principes constitutionnels dont il convient de rappeler les grands axes.
UN SYSTÈME PRÉSIDENTIEL INSCRIT DANS LA CONSTITUTION
Il arrive parfois que des analystes et des commentateurs, peu au fait des réalités camerounaises ou animés par des préoccupations sensationnalistes, s’interrogent sur la répartition du pouvoir et la distribution des rôles au Cameroun.
Des médias en mal de publicité en viennent parfois à suggérer que tel ou tel haut fonctionnaire, nommé par le chef de l’État, aurait en définitive plus de pouvoir que le président élu lui-même. Or, rien n’est plus inexact.
Le système politique camerounais est fondé sur un présidentialisme institué par la Constitution : il n’y a donc pas lieu de s’interroger sur l’endroit où réside le pouvoir réel.
Le président de la République, chef de l’État, est détenteur du pouvoir exécutif. Il définit la politique de la Nation et assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et la continuité de l’État.
Le Premier ministre, chef du gouvernement, est chargé de la mise en œuvre de la politique définie par le président. Pour l’heure, il s’agit de Joseph Dion Ngute. Il dirige l’action du gouvernement et assure l’impulsion, l’animation, la coordination et le contrôle du travail gouvernemental dans les secteurs relevant de sa compétence. Les ministres accomplissent leur mission sous l’autorité du Premier ministre.
Les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire, ainsi qu’avec la présidence d’un exécutif ou d’une assemblée d’une collectivité territoriale décentralisée.
Les ministres soumettent au chef du gouvernement leurs programmes et rapports d’activités, ainsi que leurs rapports de mission, à charge pour ce dernier de distinguer les affaires qu’il estime opportun de déférer à la sanction du chef de l’État.
L’on ne saurait être plus clair.
CONSEILS RESTREINTS ET COMITÉS INTERMINISTÉRIELS
Certains adversaires politiques du président Paul Biya font parfois des gorges chaudes de l’irrégularité de la tenue des conseils des ministres.
Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et ancien porte-parole du gouvernement, a d’ailleurs utilisé ce type d’argument pour justifier sa candidature au scrutin présidentiel du 12 octobre.
C’est mal comprendre le système de gouvernance politique en place dans le pays : la concertation au sein de l’Exécutif s’exerce à travers différentes instances, telles que les conseils des ministres, certes, mais également les conseils restreints, les comités interministériels permanents, les conseils de cabinet, ainsi que les réunions et séances de travail à caractère interministériel.
Le Conseil des ministres, haut lieu de concertation et de délibération sur les grands dossiers de l’État, est présidé par le chef de l’État.
Il se tient périodiquement et constitue une instance dont la consultation est facultative.
Les conseils restreints sont également présidés par le chef de l’État.
Ils sont motivés par l’importance particulière d’une affaire d’État ou par des nécessités conjoncturelles.
Sur instruction du président, le secrétaire général de la présidence en assure la préparation et la convocation — ceci est inscrit clairement dans l’instruction générale du 2 octobre 2002.
Les comités interministériels permanents sont institués par acte du président, qui en détermine les missions, la composition et les modalités de fonctionnement.
CONSEIL DE CABINET
Quant au Conseil de cabinet, il est présidé par le Premier ministre et se tient périodiquement pour débattre de questions précises d’intérêt général.
L’ordre du jour est préparé, sous l’autorité du chef du gouvernement, par le secrétaire général de ses services, en liaison avec les départements ministériels.
Y prennent part les membres du gouvernement, le secrétaire général et le secrétaire général adjoint des services du Premier ministre, ainsi que le directeur de cabinet du chef du gouvernement.
Le secrétaire général de la présidence, actuellement Ferdinand Ngoh Ngoh, est chargé de veiller à la stricte application des directives données par le président au cours des Conseils des ministres, des conseils restreints et des réunions présidées par le chef de l’État.
Contrairement aux déclarations des adversaires politiques de Paul Biya et aux commentaires diffusés sur les réseaux sociaux, le secrétaire général n’a donc pas d’autonomie de pouvoir propre sur les grandes affaires de l’État.
UN GOUVERNEMENT SOUS L’AUTORITÉ DU PREMIER MINISTRE
Les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire, ainsi qu’avec la présidence d’un exécutif ou d’une assemblée d’une collectivité territoriale décentralisée.
Les ministres soumettent au Premier ministre leurs programmes et rapports d’activités, ainsi que leurs rapports de mission, à charge pour ce dernier de distinguer les affaires qu’il estime opportun de déférer à la sanction du chef de l’État.
Au début de chaque exercice budgétaire, le Premier ministre, après consultation des ministres placés sous son autorité, soumet à l’approbation du président un calendrier des déplacements à l’étranger des membres du gouvernement, dans le cadre des réunions statutaires des différentes institutions partenaires du Cameroun.
LES DÉPLACEMENTS DES MINISTRES SOUMIS À LA PRÉSIDENCE
Tout déplacement à l’étranger d’un ministre ou assimilé, ainsi que celui d’un responsable des services internes de la présidence de la République, est subordonné à l’accord préalable du président.
Les ordres de mission sont établis par le secrétaire général de la présidence. Les déplacements des ministres et assimilés à l’intérieur du pays sont autorisés par le président, s’agissant de ceux qui lui sont directement rattachés, et par le Premier ministre pour les autres.
Les ordres de mission sont, selon le cas, établis par le secrétaire général de la présidence ou par le secrétaire général de la primature.
Les permissions d’absence de courte durée des membres du gouvernement et assimilés obéissent au même régime que leurs déplacements.
Toute proposition de mission ponctuelle d’un ministre doit préciser les avantages que l’État peut en tirer.
Les demandes de déplacement doivent parvenir à l’autorité compétente au moins huit jours à l’avance, sauf cas d’urgence.
Au terme de leur déplacement, les ministres adressent, selon le cas, au chef de l’État ou au Premier ministre un rapport assorti de toutes suggestions utiles.
En cas de déplacement à l’étranger ou d’empêchement temporaire d’un ministre, le Premier ministre propose au président de la République la nomination d’un intérimaire.
UN SYSTÈME DÉCENTRALISÉ
Enfin, Paul Biya a organisé un système de gestion de l’appareil d’État favorisant la déconcentration et la décentralisation — notamment dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui bénéficient d’un régime spécial.
L’originalité de cette architecture démocratique, fondée sur des lignes hiérarchiques et des principes essentiels d’équilibre et de contrôle, apparaît particulièrement dans le fonctionnement des collèges électoraux pour les conseillers régionaux.
Chacune des dix régions du Cameroun compte 90 conseillers : 70 représentants des départements et 20 représentants du commandement traditionnel.
La répartition par département de ces catégories de conseillers régionaux a été fixée par le décret présidentiel du 2 septembre 2020.
Elle repose sur deux critères : le quota par département tient compte du nombre d’arrondissements et du poids démographique de chacun d’eux.
Les représentants du commandement traditionnel sont élus par un collège électoral composé des chefs traditionnels de 1er, 2e et 3e degrés autochtones, dont la désignation a été homologuée.
Ainsi, la machine administrative et politique du Cameroun tourne en permanence à plein régime, et le chef de l’État dispose de mécanismes efficaces pour en assurer la supervision, sans interférer dans les activités quotidiennes et routinières des différents services du pouvoir exécutif.
C’est ainsi que Paul Biya gouverne son pays depuis plus de quatre décennies, sans avoir à humilier ses ministres ni ses proches collaborateurs.

