Politique

Le FMI et les bailleurs de fonds ont « voté » Paul Biya

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Pour les institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale),…

le président Biya mène une politique satisfaisante, avec des résultats encourageants. Dès lors, pourquoi changer de cap ? Et pourquoi changer de capitaine du navire ? Au printemps, le FMI a publié un rapport très positif sur l’économie camerounaise, évoquant même une dette, certes lourde, mais viable.

Année électorale oblige, les cadres du FMI et de la Banque mondiale n’ont pas perturbé le cycle politique camerounais.
Ces hauts fonctionnaires savent qu’ils ne doivent pas influer sur le processus politique en paraissant cautionner, ou au contraire contester, les politiques économiques des régimes en place.
Aussi, alors que le président Paul Biya sollicitait un huitième mandat historique, les experts de la Banque mondiale et du FMI ont respecté les consignes officielles et se sont tenus à l’écart des débats politiques nationaux. De toute façon, le consensus à Washington était que le pays de Paul Biya menait une politique jugée satisfaisante, avec des résultats encourageants. Un véritable « vote de confiance » indirect de la part des institutions de Bretton Woods.

LES SOUTIENS FINANCIERS AFFLUENT VERS LE CAMEROUN

Les appuis financiers de la communauté internationale ont continué d’affluer vers le Cameroun au cours de l’année électorale. Le gouvernement a ainsi bénéficié de décaissements du FMI à hauteur de 82 milliards de FCFA, ainsi que de fonds de la Banque africaine de développement et de l’Agence française de développement. Yaoundé a également profité d’investissements de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) dans l’économie réelle, afin de stimuler les secteurs de l’hôtellerie, des matériaux et de la logistique. Ce n’était pas gagné d’avance…
Le Cameroun a dû affronter plusieurs chocs récents : la pandémie de Covid-19 en 2020 et 2021, les perturbations économiques mondiales, la hausse des prix des importations et les pressions liées au climat, autant de facteurs qui ont accentué ses besoins de financement, de réformes économiques et de soutien au développement.
Saluant implicitement la gouvernance du président Paul Biya, le FMI et la Banque mondiale ont accru leurs interventions à travers des programmes financiers, des prêts et des projets sectoriels destinés à favoriser la stabilité macroéconomique, l’adaptation au changement climatique, le développement des infrastructures et l’amélioration des services sociaux.

AIDE POUR S’ADAPTER AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Le FMI s’est montré particulièrement proactif. Dès juillet 2021, deux accords financiers avaient été approuvés sur trois ans : une Facilité élargie de crédit (FEC) et un Mécanisme élargi de crédit (MEDC), pour un montant total de 689,5 millions de dollars. En décembre 2023, ces accords ont été prolongés d’un an afin de donner plus de temps aux autorités de Yaoundé pour mettre en œuvre les politiques et les réformes prévues. L’accès aux ressources a également été augmenté de 145,4 millions de dollars.
De plus, le FMI a approuvé en janvier 2024 un accord au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), d’un montant équivalent à 183,4 millions de dollars. La justification de cette nouvelle opération : l’extrême vulnérabilité du pays face aux aléas climatiques. Les risques de sécheresse, d’inondations, de glissements de terrain et d’érosion côtière y sont importants.
La FRD aide le Cameroun à s’adapter aux changements climatiques, en se substituant à des financements plus onéreux. Cet instrument contribue à remédier aux facteurs de vulnérabilité en aidant les autorités à renforcer le cadre institutionnel du pays en matière de gouvernance et de coordination des politiques climatiques, à intégrer l’action climatique dans la gestion des finances publiques, à renforcer les politiques nationales d’adaptation et à intensifier les initiatives d’atténuation du changement climatique.
Les réformes engagées dans le cadre de la FRD par le gouvernement stimulent également l’accompagnement croissant dont bénéficie le pays de la part des partenaires au développement, en faveur d’une croissance plus résiliente face aux changements climatiques, et permettent de mobiliser des financements supplémentaires en faveur de l’action climatique.

DES PERSPECTIVES À MOYEN TERME POSITIVES

En mars — à quelque six mois seulement de l’élection présidentielle au Cameroun —, le conseil d’administration du FMI s’est réuni sous l’autorité de Nigel Clarke, directeur général adjoint et président par intérim, pour examiner les rapports des équipes techniques ayant effectué une mission de revue à Yaoundé en février, faire le point sur l’avancement des programmes et décider des décaissements éventuels à autoriser. Les administrateurs ont convenu que la reprise de l’économie camerounaise s’était poursuivie ces dernières années, même si la croissance restait modérée (3,5% en 2024 contre 3,2% en 2023). Ils ont noté que les perspectives à moyen terme demeuraient globalement positives, bien que la probabilité d’une détérioration des risques reste élevée.
Les résultats du programme ont été jugés globalement satisfaisants, et les accords au titre des programmes appuyés par la FEC, le MEDC et la FRD continuent d’aider les autorités dans leurs efforts pour maintenir la stabilité macroéconomique, mettre en oeuvre les réformes prioritaires et faire progresser le programme climatique afin de promouvoir une croissance durable.
Leur vote de confiance au gouvernement camerounais a été clair. Nigel Clarke a déclaré :
« Il convient de saluer l’effort consenti par les autorités afin de conserver une trajectoire budgétaire conforme aux objectifs du programme. L’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures non pétrolières et de la gestion des finances publiques reste essentielle pour préserver les progrès accomplis dans le cadre du programme. Les mesures prises en vue de limiter les dépenses approuvées par procédure exceptionnelle demeurent nécessaires au maintien de la discipline et de l’intégrité budgétaires. La poursuite des réformes des entreprises publiques et du secteur de l’énergie sera indispensable pour garantir la viabilité budgétaire et la résilience macroéconomique du Cameroun. Les efforts déployés par les autorités en vue de renforcer la solidité du secteur financier et de faire progresser la recapitalisation des banques sont à saluer. Afin de réduire les facteurs de vulnérabilité structurels, il convient d’approfondir le marché financier national et de travailler en étroite collaboration avec les institutions financières régionales. »
Que demander de plus ?

RISQUE ÉLEVÉ DE SURENDETTEMENT

Certes, le FMI a noté prudemment que le Cameroun présente toujours un risque élevé de surendettement, mais il a affirmé aussi que sa dette demeure viable. Par ailleurs, il a souligné l’importance de la restructuration de la raffinerie de pétrole, ainsi que de la mise en œuvre des réformes dans le secteur de l’électricité et dans d’autres entreprises publiques, afin de limiter les passifs éventuels et d’améliorer la qualité des services publics.
« Le Cameroun a bien progressé dans la mise en œuvre du programme appuyé par la FRD, a conclu Nigel Clarke. Il est indispensable de préserver la dynamique des réformes et d’améliorer le cadre institutionnel régissant les politiques climatiques afin de renforcer la résilience face aux chocs climatiques et de mobiliser de nouveaux investissements de la part des pourvoyeurs de fonds et du secteur privé. »
Ce diagnostic positif a été confirmé en juillet, lorsque le conseil d’administration a examiné un nouveau rapport préparé par une équipe du FMI qui s’était rendue à Yaoundé du 30 avril au 8 mai. Le conseil d’administration de l’institution a alors achevé de nouvelles revues des accords au titre de la FEC, du MEDC et de la FRD, ce qui a permis un décaissement total supplémentaire équivalant à environ 146,7 millions de dollars.

UN DISCOURS TRÈS POSITIF

À cette occasion encore, Nigel Clarke a tenu un discours très positif sur la gestion du président Paul Biya :
« L’économie camerounaise a poursuivi sa croissance, bien qu’à un rythme modéré, tandis que l’inflation a reculé depuis les récents pics, a-t-il affirmé. Les perspectives à moyen terme demeurent globalement positives et les risques sont orientés à la baisse. Les autorités restent attachées aux objectifs du programme et ont pris des mesures correctives. Elles sont parvenues à préserver la stabilité macroéconomique malgré les chocs intérieurs et extérieurs. Il sera essentiel de poursuivre les efforts d’assainissement budgétaire menés dans le cadre du programme qui arrive à son terme, afin de préserver la viabilité de la dette. Les mesures clés visent à accroître les recettes non pétrolières, à améliorer la gestion des investissements publics et à mieux maîtriser les arriérés intérieurs. »

DES PROJETS MAJEURS SOUTENUS PAR LA BANQUE MONDIALE

La Banque mondiale, sous la direction d’Ajay Banga, a également validé les évaluations du FMI. En avril, la BM affichait un portefeuille actif au Cameroun de 4,5 milliards de dollars (environ 2 700 milliards de francs CFA), en hausse de 21% par rapport à quatre ans plus tôt. Sur ce montant, environ 2,3 milliards de dollars — soit plus de la moitié — sont affectés aux secteurs de l’énergie et du transport.
Plusieurs projets majeurs ont d’ailleurs été lancés au cours des deux dernières années. D’abord, le programme Eau Sécurité, dont l’enveloppe globale de 950 millions de dollars sur onze ans a démarré en mai 2025. Ses objectifs : renforcer les capacités institutionnelles de gestion intégrée des ressources en eau, améliorer l’accès à l’eau potable et assainir certaines zones prioritaires (Adamaoua, Nord, Extrême-Nord, Yaoundé, Douala). Le programme permettra à 3,9 millions de personnes d’accéder à l’eau potable.
Quelques semaines plus tôt, en mars, la Banque mondiale avait approuvé deux opérations totalisant 400 millions de dollars pour renforcer la résilience économique, la mobilisation des recettes domestiques et la transparence des finances publiques. Enfin, le programme de développement du secteur des transports a reçu en juin 2024 un financement additionnel de 50 millions de dollars de la Banque mondiale. Il est destiné à soutenir la construction et la supervision de routes urbaines à Bamenda (région Nord-Ouest). Cela porte le financement total de ce projet à 242 millions de dollars.
Comme quoi, les grands argentiers du monde ont misé sur la stabilité politique du Cameroun et choisi de faire confiance à son président.

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