Pour aplanir des divergences sur des sujets qui ont pu peser sur la coopération bilatérale,…
le président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a dépêché auprès de son frère et ami Paul Biya, le 19 novembre 2025, son vice-président en charge de la Défense, Teodoro Nguema Obiang Mangue.
« Ce voyage que nous effectuons actuellement au Cameroun vise à renforcer notre coopération », a déclaré Teodoro Nguema Obiang Mangue, vice-président de la République de Guinée équatoriale, le 19 novembre 2025, depuis le perron du Palais de l’Unité à Yaoundé.
Il venait d’y être reçu par le président de la République, Paul Biya. Leurs échanges avaient duré deux heures.
Teodoro Nguema Obiang Mangue s’est félicité d’une coopération bilatérale qui ne cesse de croître au fil des années entre le Cameroun et la Guinée équatoriale. Les domaines les plus en vue sont la défense, l’agriculture, le secteur minier et le secteur pétrolier.
De nombreux accords ont été signés en la matière pour mieux asseoir cette relation. Parmi ceux-ci figure l’accord de coopération pour l’exploitation de champs pétroliers et gaziers, signé le 17 mars 2023 au Palais de l’Unité, en marge d’un sommet extraordinaire des chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Paraphé par les présidents Paul Biya et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, celui-ci vise l’exploitation de champs pétroliers et gaziers transfrontaliers, notamment les gisements de Yoyo au Cameroun et de Yolanda en Guinée équatoriale.
Cela laisse penser que la coopération bilatérale a de beaux jours devant elle entre les deux pays frères de la sous-région d’Afrique centrale. Même si le ciel entre eux n’a pas toujours été bleu. Quelques affaires ont récemment assombri ce ciel et c’est pour les mettre derrière eux que le chef de l’État du Cameroun a reçu le vice-président équato-guinéen.
AFFAIRE TRADEX
La dernière de ces affaires en date est celle connue au Cameroun sous le nom d’« affaire Tradex », du nom d’une compagnie pétrolière fondée en 1999. Filiale de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), Tradex a choisi d’étendre ses activités dans certains pays de la sous-région d’Afrique centrale, dont la Guinée équatoriale.
Le 23 octobre 2025, le ministère des Hydrocarbures et du Développement minier de ce pays a décidé de suspendre les activités du marketeur camerounais. Motif : des « non-conformités dans les documents administratifs requis pour l’activité, autant sur le plan de la réglementation que sur la fiscalité et l’environnement ». La direction de Tradex GE a aussitôt introduit un recours gracieux auprès des autorités équato-guinéennes, en s’engageant à corriger les insuffisances relevées. Le 9 novembre 2025, Tradex GE a pu reprendre ses activités en attendant une évaluation de l’impact de la non-ouverture de ses stations-service pendant cette période.
Deux jours plus tôt, le 7 novembre 2025, un conseil d’administration extraordinaire de Tradex GE S.A. s’était réuni à Douala pour entériner la nomination d’Alain Francis Ngondi Owona au poste de directeur général par intérim, en remplacement de Georges Bassalang.
C’est dans le sillage du règlement de cette affaire qu’il faut envisager la visite effectuée au siège de la SNH à Yaoundé par le vice président de la République de Guinée équatoriale le 19 novembre 2025, lors de son séjour au Cameroun.
AFFAIRE CBC GROUPE FOTSO
Autre affaire ayant marqué la coopération bilatérale : celle qui a opposé ce pays au Groupe Fotso, fondé jadis par Victor Fotso, aujourd’hui décédé.
Les faits initiaux remontent à 2002. Après un investissement de vingt milliards de FCFA (soit environ 30 millions d’euros), la Guinée équatoriale a empêché le Groupe Fotso, à travers sa filiale Commercial Bank of Cameroon (CBC) GE, d’exercer ses activités, malgré l’accord de la Commission bancaire d’Afrique centrale (COBAC) et un premier accord donné par les autorités de Malabo.
La CBC a bien sûr engagé des procédures judiciaires devant la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) de l’OHADA et la Cour d’appel de Paris pour obtenir le dédommagement des pertes entraînées par les décisions de la Guinée équatoriale. En 2009, la CCJA a rendu une sentence arbitrale en faveur de la CBC, condamnant la Guinée équatoriale à verser 44 milliards de FCFA, soit environ 67 millions d’euros.
Le président de la République du Cameroun a donné son accord en 2013 pour l’ouverture de négociations en vue de trouver une solution définitive au problème. Paul Biya souhaitait à la fois préserver l’investissement privé d’un national à l’étranger et permettre au Cameroun de garder de bonnes relations avec son voisin. Au final, le Groupe Fotso a perçu trente milliards de FCFA, complétés par des opportunités pour les sociétés de son groupe de s’implanter en Guinée équatoriale.
QUESTION DE LA LIBRE CIRCULATION
Ces incidents ont pesé sur la relation bilatérale, au même titre que l’épineuse question de la libre circulation des personnes et des biens entre les deux pays. « S’agissant de la question des frontières, je crois que ce sont des choses qui vont s’améliorer prochainement », a notamment déclaré le vice-président de la République de Guinée équatoriale à l’issue de son entretien avec le président de la République.
Teodoro Nguema Obiang Mangue a du reste indiqué que son pays reste ouvert dans le domaine des affaires : « J’invite les hommes d’affaires camerounais à venir investir en Guinée équatoriale. Nous n’avons pas beaucoup de compagnies camerounaises en Guinée équatoriale, qui reste un pays très ouvert. Nous n’allons pas toujours attendre que des entreprises viennent de l’extérieur, notamment du côté de l’Occident. Le Cameroun est assez développé dans de nombreux secteurs », a-t-il fait savoir.

