La trahison est une réalité de la vie politique….
Pour l’éviter, il faut s’entourer de collaborateurs loyaux et maintenir une éthique irréprochable. Paul Biya s’y est évertué depuis plus de quarante ans sans parvenir à éliminer totalement la corruption au sein de l’administration. Le peuple camerounais attend donc toujours un « grand nettoyage », alors même qu’autour du président existe un cercle de fidèles irréprochables.
C’est une loi de la politique : tous les leaders risquent d’être trahis, par des alliés ou même par des proches, en tout cas par des personnes dites de « confiance ». Les exemples abondent, de l’Antiquité égyptienne à l’Afrique contemporaine, en passant par la France de Napoléon et les États-Unis d’Abraham Lincoln.
La leçon de ces trahisons politiques est toujours la même : un leader peut être puissant et bien intentionné, mais sa réussite dépend de la loyauté de son entourage. La corruption et l’incompétence détruisent plus sûrement un régime politique que les ennemis extérieurs, car dans les deux cas ces collaborateurs placent leur intérêt personnel avant l’intérêt général.
Le président camerounais Paul Biya se distingue parmi les chefs d’État d’Afrique et du monde par son record de longévité et par sa capacité à maintenir l’unité nationale d’une République multiconfessionnelle comptant plus de deux cents groupes ethniques. Le 12 octobre 2025, il a été réélu pour un huitième mandat, sans précédent, avec une confortable majorité. À 92 ans, il conserve la mainmise sur le pouvoir.
LES CAMEROUNAIS SONT ATTACHÉS À LEUR LEADER, PAUL BIYA
Paul Biya est perçu comme le garant de la stabilité dans un pays confronté à des défis structurels importants : conflits dans les régions anglophones, pauvreté, inégalités. Il a construit un puissant parti politique national, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), qui est une sorte de grande maison commune dans laquelle beaucoup de sensibilités politiques, sociologiques et culturelles se retrouvent, une réalisation que toutes les oppositions ont été incapables d’accomplir.
Paul Biya a aussi renforcé la position diplomatique du Cameroun. Sous son leadership, le pays conserve une place importante dans la sous-région et dans les forums multilatéraux.
Toutefois, l’élection présidentielle du 12 octobre a également révélé l’existence d’un stock national de frustrations et de colère, visibles dans les résultats du scrutin dans certaines circonscriptions et dans les éruptions sporadiques de violence après la publication des résultats officiels.
Selon l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, la plus grande manifestation a eu lieu à Douala, dans la région du Littoral. Des manifestants ont dressé des barricades, brûlé des pneus, lancé des projectiles contre les forces de l’ordre. Celles-ci ont répondu avec du gaz lacrymogène, des canons à eau et parfois des tirs. Il y a eu des destructions, des commerces pillés, des bâtiments publics attaqués, et la résidence de la maire de Douala II, Madame Denise Fampou, a été incendiée. Ailleurs, comme à Garoua et à Maroua, des affrontements ont éclaté entre les partisans de Tchiroma Bakary et les forces de l’ordre. Des bâtiments administratifs ont également été incendiés. À Dschang et à Bafang, deux villes de l’Ouest, le siège du parti au pouvoir (RDPC) a été incendié. Selon les Nations unies, quarante-huit civils auraient été tués lors de ces différentes échauffourées.
L’élection présidentielle du 12 octobre a révélé l’existence d’un stock national de frustrations et de colère.
